T’inquiquettes donc pas


≡ Category: Mes mots |

100_3981.JPGExpression débile au demeurant qui peut vous permettre de sortir d’une situation difficile au risque tout de même de passer pour un con.

Pour ceux qui ne connaissent cette expression franchouillarde, sachez que la légende raconte qu’elle est née dans un camping lors d’un apéro en plein soleil. Ce jour là, Marcel, qui en portait un, avait invité Robert, que tout le monde appelait Bob et ce, pas seulement parce qu’il en portait un. Avachis sur leurs pliantes aux couleurs élimées et aux mailles usées, nos deux voisins de parcelle sirotaient un jaune à la robe lourde. Marcel avait immédiatement repéré la tristesse qui mouillait l’œil de cocker alcoolique de son ami. Plus parce qu’il ne se sentait pas une âme de Joëlle Mazard que par décence, il avait décidé de ne pas questionner son voisin de camping et espérait qu’il n’ait pas envie de se confier. Seulement voilà, était-ce le soleil à son zénith qui lui délia la langue ou était-ce le pastis qui avait tourné (c’est le risque quand on le fait soi-même avec de la gnôle) nul ne le saura jamais mais le fait est que Bob vida son sac sur les espadrilles de Marcel. Il faut dire que l’affaire était grave et le sujet délicat. L’année précédente, nos amis monteurs de auvent s’étaient séparés l’âme en peine, la fin de la saison venue. Pour la première fois depuis quatorze ans, ils avaient perdu le concours annuel de belote inter camping. Cette défaite était survenue suite à une erreur inhabituelle et fatale commise par Bob. Bien que Marcel n’ai rien reproché à son partenaire, une réelle tension s’était instaurée ne disparaissant généralement qu’au troisième verre. Cette bévue avait miner les deux hommes tout l’hiver et ni l’un ni l’autre n’avait retouché aux cartes. Cette situation ne pouvait pas durer et Bob pris son courage à deux mains bien qu’une seule aurait suffi vu la taille de sa bravoure :

  • Tu sais ma connerie de l’année dernière à la fin du tournoi
  • Je n’ai pas envie d’en parler
  • Je l’ai fait exprès !”

Marcel ferma les yeux l’espace d’un instant pour retrouver son self control ce qui était une prouesse pour quelqu’un ne parlant pas l’anglais. D’un geste qu’il maîtrisait à la perfection, il saisit la bouteille de pastis artisanal pour remplir égoïstement son verre. Bob, qui aurait pu être offenser par un tel affront, préféra baisser les yeux et le ton.

  • C’est à cause de la Nadine que j’ai fait ça. En échange, je l’ai culbuté dans les cyprès derrière les bacs à vaisselle. C’est pas qu’elle est jolie, mais elle m’excitait avec ses gros seins et son short en éponge. Elle s’est sacrifié pour que son mari gagne, c’est quand même beau l’amour.
  • Que veux-tu que je te dise ?
  • Cet hiver, j’avais la rancœur tenace et croyant me soulager, j’ai dit à Janine que je l’avais cocufié dans les haies à quelques mètres de la guitoune des enfants. Elle ne m’a pas pardonné et c’est pour les mômes qu’elle n’a pas divorcé. Elle a fait un gros effort pour revenir au camping après ce qui c’est passé. Chaque fois qu’elle revient de faire la vaisselle, elle pleure. Elle est courageuse ma Janine. Enfin, c’est plus vraiment ma Janine maintenant et c’est bien fait pour moi.
  • T’es trop con !
  • Alors voilà, j’ai perdu ma femme même si elle occupe les trois quarts de notre 140 et je ne supporterais pas de perdre mon ami pour une histoire de troènes agités. J’ai peur que tu ne me pardonnes jamais.”

A ce moment précis, Marcel, qui n’avait plus pleuré depuis qu’il s’était coincé une couille dans la chaise longue que lui avait offert sa petite famille pour ces 45 ans, senti les larmes monter et dû faire cul sec pour reprendre du poil de la bête qu’il avait en abondance. Il était à court de mots pour dédramatiser la situation sans tomber dans l’analyse de supérette. C’est alors que les dieux de la répartie lui soufflèrent son salut. Regardant son ami droit dans les yeux injectés, il lâcha cette expression consacrée :

  • T’inquiquettes donc pas et fais péter le jaune !

Les deux hommes se fixèrent intensément l’espace d’un instant avant d’éclater de rire. Il était clair qu’une histoire de quiquette n’allait pas gâcher une amitié de 15 ans. Le sujet était entendu, les tensions envolées grâce à une expression pleine d’à propos qui avait réussi à désamorcer une situation explosive. Le Marcel, content de lui avait les dents jaunes qui rivalisaient avec les rayons du soleil. Il s’en était sorti comme un chef. Il n’aurait jamais eu la force d’avouer à son ami que si Janine avait accepté de revenir au camping, c’était pour se faire culbuter, comme chaque saison depuis quinze ans, derrière le local à douche, par le partenaire de belote de son idiot de mari.

Fred de Mai





Related posts:
  • Place related post plugin php here...
Comments

This entry was posted on Vendredi, septembre 1st, 2006 at 12:05 am and is filed under Mes mots. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.
12 Comments so far

  1. K-ROSE on septembre 1, 2006 12:32 am

    Hé oui, la fin… biensûr… j’adore.
    Les femmes sont fourbes et les hommes si sensibles…
    Dis-moi, c’est le même marcel que Marcel que tu portais quand, jadis, tu t’es pris les coups de soleil de la mort qui tue ?

  2. Laura on septembre 1, 2006 10:28 am

    Oh quelle belle histoire ! Elle doit bien s’endormir ta Princesse !… :p

    (Il doit y avoir 2 écoles, moi je l’écris et le dis “T’inquéquettes donc pô”)

  3. denis on septembre 1, 2006 11:26 am

    Tu as vraiment des talents de conteur.
    J’adore l’expression un jaune à la robe lourde.

  4. FdM on septembre 1, 2006 12:30 pm

    K-Rose > Marcel posséde le modèle basique, l’authentique

    Laura > il doit y avoir peu de différence entre la quéquette et la quiquette

    Denis > j’ai longtemps étudié le jaune

  5. Evin on septembre 1, 2006 5:49 pm

    Ahahahah ! Tout s’explique !
    Nan mais le coup de la chaise longue…c’est du vécu ou pas…? :p

  6. Anaïs on septembre 1, 2006 10:49 pm

    C’est tremblante que j’ecris ici mon premier commentaire, après 6 mois de lecture assidue de ce blog. Oui, je l’adore, tous les jours je verifie, febrile qu’un nouvel article à été posté, et c’est limite si je ne saute pas de joie quand je le vois, bien là sur mon écran: Oui aujourd’hui, Fred de Mai a bien pensé à ses lecteurs drogués à ses mots, et leur a laissé un petit texte, une image, un non sens, que sais je encore, mais toujours de quoi les ravir.
    J’ai donc bien failli ce soir, en lisant ce merveilleux conte, il faut le reconnaitre, manquer de courage pour enfin te dire mon admiration (oui, je me permet le tutoiment) pour tout ton blog en entier et surtout ta façon de raconter. Merci pour ces quelques minutes où tous les soirs tu me ravis par tes quelques mots. Amicalement, Anaïs.

  7. Ben on septembre 2, 2006 1:58 am

    Après Anais… je ne sais plus quoi dire. J’allais sortir une grosse connerie. Tant pis ce sera pour la prochaine fois ;)

  8. FdM on septembre 2, 2006 2:37 pm

    Evin > j’ai eu une vie (très)pidante mais tout de même

    Anaïs > je ne mérite pas tous ces tremblements. On se voit au prochain commentaire.

    Ben > c’est l’effet Anaîs, je l’ai vêcu aussi

  9. Folie Privée Blog Cul-Inaire on septembre 2, 2006 3:15 pm

    Hin Hin quequette power !
    (j me comprends)

  10. FdM on septembre 2, 2006 4:05 pm

    Folie > tant qu’il y a de la quiquette, il y a de l’espoir !

  11. libellul on septembre 2, 2006 4:41 pm

    Huhuhu! J’ai adoré cette petite histoire! merci Fred :o ))

  12. FdM on septembre 2, 2006 6:52 pm

    libellul > de rien, c’est un plaisir d’écrire et d’être lu

Name (obligatoire)

Email (obligatoire)

Site web

XHTML: You can use these tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <code> <em> <i> <strike> <strong>

Share your wisdom

  • A voir

      Afleurdemot

      photo

      flic2rue

      potin

      video

      podcast

      vitamine

  • Piranh'Art

      Geekchic

      photo

      photo