Cette histoire débute dans la nuit marseillaise au cours d’une patrouille comme tant d’autre où, le nez collé contre la vitre je regarde défiler les véhicules en stationnement. Tout à coup, une apparition, un ange carrossé vient de me sourire et je demande à mon chauffeur de faire demi-tour. Ces formes se dessinent peu à peu, elle est à la fois ronde et carrée, une aventurière mystérieuse que nul dans notre voiture ne semble connaître. Je suis sous le charme malgré sa couleur vert pâle, sorte de teinte maladive qui ne sied pas à la vitalité qu’elle dégage. Je l’imagine en noire, en grise, je l’imagine mienne. Nous reprenons la patrouille, la nuit passe mais son image ne s’efface pas. Je connais maintenant son nom, Rover Streetwise.
Les jours passent puis les semaines, enfin les mois, pas mon émoi pour cette voiture atypique, sorte d’hybride entre 4X4 et citadine croisée dans une nuit dont elle fut la seule étoile. Je la retrouve sur la toile pour ôter un à un tous ses voiles et découvrir son charme qui me désarme. Nous décidons de changer de voiture, je tire ma Dame jusqu’à sa devanture où tout de gris paré, elle est exposée. Quelques signatures apposées et je suis comblé, homme heureux partageant sa vie avec deux beautés dont l’une mécanique que sans cesse j’astique.
Je roule fièrement des ailes dans les rues de Marseille où l’on se retourne sur notre passage. Tous tentent de trouver le nom de cette petite bien carrossée car ma Rover est « rare » en français comme en anglais.
Tout va pour le mieux jusqu’à ce matin pluvieux où l’eau s’infiltre dans mon auto qui pour le coup devient seau. Direction le garage où je retiens ma rage. Durant plusieurs jours on la teste puis l’on m’atteste qu’elle est maintenant étanche. Je vais pouvoir vite m’en rendre compte car nous partons à Paris pour une autre vie avec moins de soleil et plus de pluie.
Je me sépare de titine quelques jours, l’abandonnant sur un parking long séjour de l’aéroport de Roissy. A notre retour, ma dame jette son sac avant de poser les pieds dans l’habitacle inondé pour hurler excédée « mais quelle voiture m’as-tu fait acheter ! ».
Direction les Ulis, pour partager mon supplice avec le concessionnaire Rover. Je lui explique les déboires de ma voiture réservoir car outre l’infiltration ma voiture souffre de quelques imperfections. Ses protections latérales se décollent, son tableau de bord s’affaisse, le rétroviseur intérieur se fait la malle, la boite à gant baille, l’habillage des portes tombe et il manque des vis à l’appel et à la pelle. Début d’une longue agonie…
De véhicule de prêt en véhicule de prêt, je viens au chevet de celle que l’on a entièrement désossé pour à nouveau assembler avant de me la rendre en m’assurant que tout était réglé.
Puis…
Puis, il y eut la pluie…
Quand je leur ai ramené mon véhicule, ils étaient incrédules. Une fois l’infiltration constatée, ils étaient désemparés.
Ainsi commença la grande bataille contre la maison mère. Les lettres recommandées, les menaces réitérées, les coups de fils répétés. Il faut dire que mon affaire tombait mal, comme ma voiture, Rover prenait l’eau et était sur le point de couler. Dieu merci, « God save titine » un accord fut trouvé et une Streetwise tout de noir vêtue avec nouveau tableau de bord garantit sans fuite fut livrée directement d’Angleterre. Le jour de la remise des clés, Rover mettait les siennes sous la porte. Je pense être l’unique possesseur français d’une Rover Streetwise série II.
Depuis ce jour de 2005, tout allait pour le mieux jusqu’à ce trottoir non évité et ce pneu dégonflé. Ce n’est que le lendemain que je constate mon à plat. J’ouvre mon coffre pour en sortir ma roue de secours et le kit de dépannage encore emballé dans son film d’origine. Je place le cric, Dévisse un boulon, puis deux, trois et …
Qui dit jante alliage, dit écrou antivol.
J’appelle les Ulis, on me passe le responsable SAV
- Bonjour, blablabla, je viens de crever et je ne sais pas ou se trouve mon écrou anti vol
- Dans le kit de dépannage
- Désolé, mais il n’y a rien dans le kit de dépannage
- Alors je ne peux rien faire pour vous !
- …
Je suis sur mon parking, le contenu de mon coffre répandu à mes pieds, le pneu crevé, de nouveau frappé par la malédiction Rover.
- Il doit bien y avoir une solution ?
- Oui, si vous nous emmener la voiture en atelier.
- Ouais mais là, le pneu est à plat et je suis à 500 bornes
- Essayez avec un burin et un marteau mais attention à ne pas abimer la jante.
- Je ne vais pas prendre le risque d’esquinter ma caisse parce qu’un abruti n’a pas fait son travail !
- Désolé, je ne peux rien faire de plus. Au revoir…
Je fulmine, ma dame arrive par le train dans deux heures, notre seconde voiture est à Paris, ma sœur est en Corse, mes parents à Vérone et mon meilleur ami à coté de moi, c’est moi qui le véhicule. C’est la cata, on en rigole, enfin plus mon ami.
Un changement de transport en commun et un trousseau de clé d’une voiture de mes parents plus tard nous voilà en route pour la gare. Je raconte à ma Dame notre péripétie, elle rigole, que peut elle faire d’autre.
Ma voiture est immobilisée depuis vendredi, un écrou anti vol est en commande et moi, je suis en Roverdose…
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