La clandestine


≡ Category: Divers même l'été |

salomé.gif
Epilogue

Le martèlement rapide de ses talons sur l’asphalte déchira le silence de cette nuit paisible du Shinjuku en plein cœur de Tokyo. Comme à chacun de ses retours, que se soit ici, à Time Square où ailleurs, elle courait pour échapper à la meute qu’on avait lâchée a ses trousses. Hors d’haleine mais surtout d’atteinte, elle stoppa sa course pour tenter de récupérer son souffle en mettant les mains sur ses genoux. Ses cheveux longs et blonds étaient trempés de sueur, des mèches lui collant au front masquant partiellement ses grands yeux félins dont le vert presque irréel transperçait la nuit. Elle se savait en sécurité dans ce monde et commençait à retrouver son calme. Une fois de plus, elle avait rejoint le passage à la dernière seconde risquant sa vie pour ces êtres qu’elle ne connaissait pas il y a un an. Ce retour à la réalité marquait son échec. Elle savait qu’il lui faudrait retourner là bas, encore et encore, pour le combattre et l’anéantir. C’était le seul moyen pour retrouver une vie normale loin de cette violence, de ces allers-retours destructeurs. Demain, elle trouverait un nouveau passage. Pour l’heure, sa seule envie : dormir.

Tapi dans l’ombre d’une ruelle sombre, elle dormait profondément à l’abri de carton. Son visage détendu se crispa et son sommeil devint agité. A chacun de ses retours, ils venaient la hanter pendant son sommeil. Ils l’entouraient tendant les bras, la suppliant et prononçant ce nom qui n’était pas le sien : Salomé. Dès qu’ils l’avaient vu, ils l’avaient nommé ainsi. Elle avait eu beau leur dire qu’elle s’appelait Tiffany, ou même Nani pour ses amis, ils avaient continué de l’appeler Salomé. Ils lui répétaient sans cesse qu’elle était la prophétie qu’ils attendaient. Elle avait cessé de lutter en acceptant ce prénom convenant mal à ses cheveux blonds et à ses yeux couleur d’émeraude. Peu importe d’ailleurs, cela faisait bien longtemps que plus personne ne l’avait appelé Tiffany, ni même Nina. Bien qu’en sécurité dans ce monde, elle avait appris à ses dépends qu’une agence gouvernementale aux méthodes brutales la recherchait. Même si ces hommes en costumes sombres n’avaient jamais attenté à sa vie, ils n’avaient pas fait preuve d’autant de compassion envers ses proches. Pour rien au monde elle ne serait leur prisonnière, plutôt mourir de la main d’un traqueur de l’au-delà.Ici comme là bas, elle vivait dans la clandestinité et la peur.

Chapitre I

Tiffany était amoureuse de l’Egypte et ses mystères depuis son plus jeune age. Cette passion dévorante l’avait amené tout naturellement à choisir la voie de l’archéologie. Son zèle et sa connaissance de cette civilisation disparue attirèrent rapidement l’intérêt de différents directeurs de recherche. Une fois son diplôme en poche, elle réussit avec brio tous ces entretiens d’embauche. Outre son professionnalisme et sa gentillesse naturelle, les recruteurs succombèrent à l’unanimité à sa plastique parfaite et à son regard envoûtant. Elle eu donc le luxe de choisir le chantier qu’elle allait rejoindre. En fait, elle n’avait passé ces entretiens que pour se rassurer sur ses capacités car son choix était fait depuis plusieurs mois déjà, conditionné par une fascination pour les rituels d’accompagnement des morts dans l’Egypte ancienne. C’est pourquoi, une semaine après la fin de ses études, elle avait rejoint Saqqarah dans la région de Memphis en Egypte. Une équipe d’archéologues internationaux venait de découvrir une chambre mortuaire en parfait état en plein cœur de la Nécropole.

Tiffany n’était pas désorientée par cette installation rapide dans un monde inconnu. Elle se disait citoyenne du monde et se sentait à l’aise partout où elle posait ses valises. Cette faculté d’adaptation lui venait de son enfance et était liée à l’histoire d’amour de ses parents.

Sa mère jeune suédoise à la beauté sauvage avait croisé le regard bleu azur de ce soldat russe lors d’un voyage en Laponie aux limites de la frontière avec l’ex URSS. Le coup de foudre qui les frappa, amena le militaire transis à déserter pour suivre sa belle. A cette époque de guerre froide, une telle traîtrise de la part d’un bolchevique était punie de la peine de mort et il leur fallait fuir le plus vite possible cette Europe divisée. Devant cet amour aveugle, les grands parents maternels de Tiffany avaient couvert la fuite des deux tourtereaux pour les installer dans le plus grand secret en Australie. Déménageant régulièrement, ils échappèrent à leurs poursuivants pour vivre une vie heureuse bien que mouvementée. Plusieurs années après la chute du bloc de l’Est, ils avaient décidé de revenir en Suède pour s’installer à Falun. Tiffany avait déjà seize ans quand elle foula la terre de ses ancêtres pour la première fois. Ce moment, bien qu’émouvant, n’a pas suffit à l’enraciner à sa Patrie. Elle aimait voyager comme elle l’avait toujours fait.

Bien qu’elle ait déclarée être célibataire sur son contrat de mission, quelque chose avait changé avant son départ. Elle avait décidé de s’offrir à ce professeur de langues anciennes qu’elle avait repéré dès son arrivée à l’Université. Une relation non officielle s’était instaurée entre eux au fil de la scolarité, plus un jeu de séduction qu’une réelle idylle. Bien qu’attiré l’un par l’autre, il y avait cette pudicité presque déplacée qui leur interdisait de passer à l’acte. Lui se justifiait en se persuadant qu’un professeur ne devait pas abuser d’une élève, elle redoutait de passer pour une profiteuse cherchant la mention. Ils avaient 5 ans d’écart, leurs corps étaient à maturité comme les fruits du verger de la tentation. Pourtant ils préféraient se morfondre en souffrant physiquement du manque de l’autre plutôt que de vaincre leur appréhension.

Son billet d’avion en poche, elle décida de l’appeler pour un dîner. Une sorte de dernière chance de se découvrir charnellement. Ils se mangèrent des yeux durant tout le repas et s’offrir mutuellement en dessert. Ils firent l’amour avidement comme s’ils voulaient rattraper ces années de frustration. C’est épuisé, qu’ils arrivèrent à l’aéroport pour échanger un dernier baiser.

Elle pensait qu’elle l’oublierait vite mais la petite flamme qui s’était allumée en elle, laissait présumer du contraire.

Charles n’avait jamais vraiment prêté attention à la gent féminine, trop pris par ces symboles anciens. Quand il l’avait vu pour la première fois, il avait ressenti des sensations qui lui étaient inconnues. C’était comme si son corps sortait d’une longue période d’hibernation. Bien trop longue au vu des effets nés de ce réveil inattendu. Le simple fait de l’apercevoir le mettait dans une posture masculine embarrassante. Jamais il n’avait vécu pareille situation et cela se voyait. Elle se montrait indulgente, pardonnant ses maladresses. Décontenancé par l’effet produit par la jeune fille, il se persuada d’une ineptie : il devait l’oublier au nom de la morale. Un professeur ne pouvait se permettre de convoler avec l’une de ses élèves si désirable soit elle. Il s’était alors enfermé dans son idiotie protectrice qui n’enlevait rien à son malaise physique quand elle se trouvait à ses côtés. Mais cette souffrance n’était rien en comparaison à la douleur de la voir partir à la fin de ses études. Il avait retrouvé l’espoir quand elle l’avait invité à dîner. Son cœur s’était brisé quand elle lui avait annoncé son départ mais il avait définitivement chaviré quand elle l’avait accueilli en elle. Aujourd’hui, elle n’était plus là. Il regrettait ces moments où il parlait de la naissance des hiéroglyphes. Il se voyait encore la frôlant, lui révélant le sens de ces symboles du passé. Il était loin de se douter que cette spécialisation pour les origines de l’écriture égyptienne allait lui permettre de la retrouver.

Chapitre II

Un chauffeur, tenant bien haut au dessus de son crâne dégarni un carton portant son nom, l’attendait dans le hall de l’aéroport. Une fois débarrassée de ses valises, elle le suivit jusqu’à un 4X4 Land Rover archaïque. Il lui ouvrit la porte en lui désignant une lettre posée sur la banquette arrière. Tiffany décacheta délicatement l’enveloppe tandis que le tout terrain se mettait en branle crachant un nuage de fumée nauséabond.

Ainsi débuta un périple remuant de trois longues heures et une lecture que quelques minutes.

« Mademoiselle,

Je vous souhaite la bienvenue en Egypte et j’ai hâte de vous accueillir dans notre équipe.

Nous avons grandement besoin de votre œil neuf et de votre connaissance des rituels mortuaires pour percer le secret de la chambre que nous venons de découvrir. Cette découverte va peut être remettre en cause tout ce qui était tenu pour acquis. Je ne vous en dis pas plus, vous jugerez par vous-même.

Je vous ai choisi pour vos compétences et j’en suis presque à regretter votre beauté. Comme vous le savez, nous sommes en terres musulmanes et les femmes ne sont pas légions sur les fouilles. Sans vous demander de vous voilez, je vous incite à dissimuler au maximum vos atouts physiques pour prévenir tout débordement.

Ne vous inquiétez pas, tout ira bien.

Professeur Lamarte. »

Elle replia lentement le bout de papier et resta la tête baisser pour ne pas croiser le regard du chauffeur qui l’épiait dans le rétroviseur confirmant les craintes du professeur.

Dès l’adolescence, son physique lui avait posé des problèmes, elle l’aurait aimé moins parfait. Ce corps aux mensurations idéales avait été épié, désiré par tous les hommes qu’elle avait croisés entraînant au début un sentiment de malaise qui s’était vite transformé en colère. Dès qu’un regard se posait sur elle, elle l’affrontait en lui opposant ses yeux couleur émeraude aux reflets presque irréels. Les hommes refusaient généralement la confrontation, attendant qu’elle soit retournée pour admirer ses formes enivrantes. Même dans le désert, elle devrait se battre pour que l’on respecte son intimité.
Elle saisit son sac pour en tirer un foulard de soie pour dissimuler sa toison d’or. Elle chaussa ses lunettes noires et, malgré la chaleur, ferma le dernier bouton de son chemisier. Alors seulement, elle leva les yeux pour surprendre le regard approbateur de son conducteur. Il paraissait presque soulagé de ne plus être soumis à la tentation.

Quand le professeur Lamarte lui proposa son bras pour sortir du 4X4, il ne pu s’empêcher d’admirer la beauté de sa nouvelle collaboratrice. Malgré les trois heures routes sur des pistes chaotiques et la chaleur étouffante de cette fin de matinée, elle paraissait fraîche comme une oasis. Une bourrasque d’air chaud fit virevolter le sable autour d’elle rendant plus magique encore son apparition. Le temps sembla s’arrêter, les bruits cessèrent sur le chantier. Avec son foulard et ses lunettes de soleil, elle avait la grâce de ses vedettes américaines à la féminité absolue. Tiffany ne remarqua même pas les regards tournés vers elle tant sa joie était immense. Elle réalisait enfin son rêve de petite fille en partant sur les traces des pharaons et elle en était émue aux larmes. Il lui fallu un certain temps pour prendre conscience de la présence de ses futurs collègues à qui elle adressa un petit geste naïf de la main avant de disparaître sous la tente du professeur. Le bruit familier des fouilles reprit alors son droit sur le silence comme si de rien n’était. Pourtant, rien ne serait jamais plus pareil.

Ce premier contact avec son patron fut courtois pour ne pas dire distant. Le Professeur Lamarte ne voulant rien laisser paraître de son trouble. Cela faisait maintenant des années qu’une femme n’avait pas suscité en lui de telles sensations, il en était  presque gêné. Cet état de fait le perturbait doublement. Tout d’abord parce qu’il pensait être immunisé au charme des femmes et ensuite parce qu’il redoutait les dommages collatéraux. Si un homme de son age et de son expérience pouvait ressentir un tel trouble, il n’osait imaginer les réactions de certains membres de l’équipe et tout particulièrement, celles de ce coureur de jupon qu’était Massimo Tutti. L’universitaire  Romain au regard de braise risquait de devenir incontrôlable et il fallait s’attendre à de beaux combats de coq.
C’est pourquoi, le Professeur réitéra ces consignes à Tiffany  qui se contenta de hocher du foulard en guise d’assentiment. Il savait que cette mise en garde était certainement inutile mais il en était rassuré. Il lui proposa de la conduire à sa tente, ce qu’elle accepta avec soulagement, supportant difficilement le discours paternaliste, bien que touchant, du Professeur. Elle était parfaitement consciente de son pouvoir d’attraction et elle gérait parfaitement la situation avec une motivation supplémentaire qui répondait au doux prénom de Charles.

J’ai besoin de vous pour la suite…





Related posts:
  • Place related post plugin php here...
Comments

This entry was posted on Jeudi, juin 1st, 2006 at 6:56 pm and is filed under Divers même l'été. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.
5 Comments so far

  1. Fred de Mai»Blog Archive » La clandestine 2.0 on juin 16, 2006 3:09 pm

    […] Pour retrouver l’histoire dans son intégralité, c’est ici. […]

  2. Fred de Mai»Blog Archive » La clandestine 2.1 on juin 17, 2006 12:32 pm

    […] Pour retrouver l’histoire dans son intégralité, c’est ici. […]

  3. Fred de Mai»Blog Archive » La clandestine 2.2 on juin 19, 2006 5:00 pm

    […] Pour retrouver l’histoire dans son intégralité, c’est ici […]

  4. Fred de Mai»Blog Archive » La clandestine 2.3 on juin 20, 2006 11:28 am

    […] Pour retrouver l’histoire dans son intégralité, c’est ici […]

  5. Fred de Mai»Blog Archive » La clandestine 2.4 on juin 21, 2006 7:30 pm

    […] Pour retrouver l’histoire dans son intégralité, c’est ici […]

Name (obligatoire)

Email (obligatoire)

Site web

XHTML: You can use these tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <code> <em> <i> <strike> <strong>

Share your wisdom

  • A voir

      Afleurdemot

      photo

      flic2rue

      potin

      video

      podcast

      vitamine

  • Piranh'Art

      Geekchic

      photo

      photo