Un chauffeur, tenant bien haut au dessus de son crâne dégarni un carton portant son nom, l’attendait dans le hall de l’aéroport. Une fois débarrassée de ses valises, elle le suivit jusqu’à un 4X4 Land Rover archaïque. Il lui ouvrit la porte en lui désignant une lettre posée sur la banquette arrière. Tiffany décacheta délicatement l’enveloppe tandis que le tout terrain se mettait en branle crachant un nuage de fumée nauséabond.
Ainsi débuta un périple remuant de trois longues heures et une lecture que quelques minutes.
« Mademoiselle,
Je vous souhaite la bienvenue en Egypte et j’ai hâte de vous accueillir dans notre équipe.
Nous avons grandement besoin de votre œil neuf et de votre connaissance des rituels mortuaires pour percer le secret de la chambre que nous venons de découvrir. Cette découverte va peut être remettre en cause tout ce qui était tenu pour acquis. Je ne vous en dis pas plus, vous jugerez par vous-même.
Je vous ai choisi pour vos compétences et j’en suis presque à regretter votre beauté. Comme vous le savez, nous sommes en terres musulmanes et les femmes ne sont pas légions sur les fouilles. Sans vous demander de vous voilez, je vous incite à dissimuler au maximum vos atouts physiques pour prévenir tout débordement.
Ne vous inquiétez pas, tout ira bien.
Professeur Lamarte. »
Elle replia lentement le bout de papier et resta la tête baisser pour ne pas croiser le regard du chauffeur qui l’épiait dans le rétroviseur confirmant les craintes du professeur.
Dès l’adolescence, son physique lui avait posé des problèmes, elle l’aurait aimé moins parfait. Ce corps aux mensurations idéales avait été épié, désiré par tous les hommes qu’elle avait croisés entraînant au début un sentiment de malaise qui s’était vite transformé en colère. Dès qu’un regard se posait sur elle, elle l’affrontait en lui opposant ses yeux couleur émeraude aux reflets presque irréels. Les hommes refusaient généralement la confrontation, attendant qu’elle soit retournée pour admirer ses formes enivrantes. Même dans le désert, elle devrait se battre pour que l’on respecte son intimité.
Elle saisit son sac pour en tirer un foulard de soie pour dissimuler sa toison d’or. Elle chaussa ses lunettes noires et, malgré la chaleur, ferma le dernier bouton de son chemisier. Alors seulement, elle leva les yeux pour surprendre le regard approbateur de son conducteur. Il paraissait presque soulagé de ne plus être soumis à la tentation.
Quand le professeur Lamarte lui proposa son bras pour sortir du 4X4, il ne pu s’empêcher d’admirer la beauté de sa nouvelle collaboratrice. Malgré les trois heures routes sur des pistes chaotiques et la chaleur étouffante de cette fin de matinée, elle paraissait fraîche comme une oasis. Une bourrasque d’air chaud fit virevolter le sable autour d’elle rendant plus magique encore son apparition. Le temps sembla s’arrêter, les bruits cessèrent sur le chantier. Avec son foulard et ses lunettes de soleil, elle avait la grâce de ses vedettes américaines à la féminité absolue. Tiffany ne remarqua même pas les regards tournés vers elle tant sa joie était immense. Elle réalisait enfin son rêve de petite fille en partant sur les traces des pharaons et elle en était émue aux larmes. Il lui fallu un certain temps pour prendre conscience de la présence de ses futurs collègues à qui elle adressa un petit geste naïf de la main avant de disparaître sous la tente du professeur. Le bruit familier des fouilles reprit alors son droit sur le silence comme si de rien n’était. Pourtant, rien ne serait jamais plus pareil.
Ce premier contact avec son patron fut courtois pour ne pas dire distant. Le Professeur Lamarte ne voulant rien laisser paraître de son trouble. Cela faisait maintenant des années qu’une femme n’avait pas suscité en lui de telles sensations, il en était presque gêné. Cet état de fait le perturbait doublement. Tout d’abord parce qu’il pensait être immunisé au charme des femmes et ensuite parce qu’il redoutait les dommages collatéraux. Si un homme de son age et de son expérience pouvait ressentir un tel trouble, il n’osait imaginer les réactions de certains membres de l’équipe et tout particulièrement, celles de ce coureur de jupon qu’était Massimo Tutti. L’universitaire Romain au regard de braise risquait de devenir incontrôlable et il fallait s’attendre à de beaux combats de coq.
C’est pourquoi, le Professeur réitéra ces consignes à Tiffany qui se contenta de hocher du foulard en guise d’assentiment. Il savait que cette mise en garde était certainement inutile mais il en était rassuré. Il lui proposa de la conduire à sa tente, ce qu’elle accepta avec soulagement, supportant difficilement le discours paternaliste, bien que touchant, du Professeur. Elle était parfaitement consciente de son pouvoir d’attraction et elle gérait parfaitement la situation avec une motivation supplémentaire qui répondait au doux prénom de Charles.
Un comité d’accueil l’attendait à la sortie de ce rapide entretien. Jouant des coudes, Massimo fut le plus prompt à lui saisir le bras pour l’accompagner jusqu’à sa tente. Les autres se contentèrent de porter ses bagages. Jamais elle n’aurait pensé avoir autant de grooms en plein désert. Le romain usait de sa plus belle verve pour la flatter outrageusement. Tiffany souriait malgré elle à ce jeu de séduction exagéré. Massimo, prenant ces sourires pour des encouragements commença à introduire des insinuations peu subtiles à cette drague qui l’était déjà fort peu. Elle décida que le jeu avait assez duré et pria le beau parleur d’aller lui chercher un peu d’eau. Les porteurs furent ravis de cette éviction mais leur joie ne fut que de courte durée quand elle leurs demanda de la laisser seule. Tous attendirent patiemment sur le seuil imaginant, sourire aux lèvres, ce qui passait de l’autre côté de l’épais pan de toile.
Quand elle réapparut dans sa tenue d’Indiana Jones en jupon, tous furent un peu plus sous le charme. Chacun lui proposa une visite en sa compagnie mais elle déclina poliment toutes invites. Depuis qu’elle était arrivée, elle n’avait qu’une envie et était attirée inexorablement vers ce lieu qui devait lui réserver une mystérieuse surprise.
Le Professeur fendit l’attroupement des prétendants pour lui tendre le bras. Devançant sa requête, il lui glissa au creux de l’oreille : le temps est venu pour vous de savoir.
Les yeux de Tiffany devinrent plus brillants encore.
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This entry was posted on Dimanche, juin 25th, 2006 at 2:14 am and is filed under Divers même l'été. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.












Je trouve que c’est un bon début.J’attends la suite…