Après un retour plus que décevant auprès de mon administration, je commence à mieux la cerner en pensant qu’elle est victime de sa personnification. Je m’explique, ceux qui la forment, par facilité ou peut-être par manque de courage, ont pris pour habitude de justifier leurs actes en invoquant la sacro sainte administration. C’est un peu comme si un ensemble de personne sous responsabilité étatique avait donné corps à une entité vivante, déesse tout puissante à la parole divine. Combien de fonctionnaires ont entendu de leur supérieur : désolé, je n’y suis pour rien, c’est l’Administration qui veut cela.
Mais qui est donc cette administration au pouvoir incontestable ?
L’administration est devenue une religion aux règles immuables. Les fonctionnaires semblent avoir oublié qu’ils sont l’administration et que de ce fait, ils peuvent la faire changer, évoluer. Seulement, comme dans beaucoup de domaines, les conservateurs sont majoritaires et puissants, ce sont eux qui ont le pouvoir. Ils sont les grands prêtres d’une secte officielle qui malgré lacunes et injustices attire de nombreux adeptes en promettant la sécurité à ses disciples. Tous veulent se mettre sous la protection de la puissante déesse oubliant que cette dernière mange régulièrement des enfants en son sein.
Ils existent plusieurs types de fonctionnaires : les prédicateurs, les fervents, les croyants non pratiquants, les voleurs de troncs et les excommuniés.
Les prédicateurs sont ceux qui prêchent la bonne parole, celle même qui les rend puissants. Tous se revendiquent voués corps et âme à l’obédience alors qu’ils n’ont foi qu’en leur propre paroisse. Ils rêvent de séduire la déesse pour leur propre jouissance. Certains sont vraiment investis, ils voient en la déesse une mère, en ses enfants des frères et sœurs dont ils sont les ainés. Ils sont justes et pourtant on ne récompense pas leur dévotion charitable. La mansuétude n’est en rien un atout de pouvoir tandis que la popularité est inutile au culte de l’individualisme. Les prédicateurs sont ceux qui entretiennent le mythe derrière lequel ils s’abritent pour masquer leur suffisance.
Les fervents sont souvent dans le sillage des prédicateurs, il ne faut pas les confondre avec les suivants, fonctionnaires serviles qui ne sont que parasites, bouffons ou courtisans. Les fervents portent l’administration dans leur cœur, parfois talibans, parfois saints, quelques fois martyrs, ils ne vivent que pour le bon plaisir de la déesse. Jamais ils ne se lassent, jamais ils ne se plaignent, jamais ils ne trahissent. Ils ont la Foi inébranlable du crédule qui voue sa vie à celle qui le nourri. L’enfer des fervents se nomme retraite, jour maudit où ils sont contraints de quitter le culte perdant ainsi amour et protection. Le fervent est un parfait suppôt pour les prédicateurs. Pensant servir la déesse, il aide le venin à s’écouler dans ses veines.
Les croyants non pratiquants sont légions. Ils ont trouvé en l’administration, la vache à lait qu’ils vont traire. Ils n’en font ni trop ni pas assez, jamais débordés, ils ne le laissent jamais paraître. Ils profitent de la protection de la déesse en brulant des cierges mais rarement leur énergie. Ils sont la réputation du fonctionnaire. Ils ne vont à l’office que par habitude et paient rarement l’obole. Ceux sont eux l’administration, c’est en cela que c’est désolant.
Les voleurs de troncs sont les brebis galeuses qui se fondent dans la masse des moutons. On les trouve à tous les niveaux du culte. Ils ne croient en rien et ne respectent pas la déesse qu’ils violent impunément. Ces charognards, bien que futés, finissent le plus souvent au tribunal de l’inquisition qui les condamne au bucher pour les rendre aux flammes de l’enfer.
Les excommuniés le sont pour diverses raisons, rarement les bonnes. Ce sont des quasimodos que l’on cache pour ne pas entacher la déesse immaculée. On ne s’en débarrasse pas car ils servent à garder les moutons dans l’enclos. Chaque paroisse à son épouvantail remplacé régulièrement par un autre épouvantail qui attend d’être remplacé par un autre épouvantail. Il n’y a qu’une seule voie pour les excommuniés, le silence de la prière.
Si l’on me demande de me définir selon cette analyse, je réponds sans hésiter que j’étais un fervent qui rêvait de devenir prédicateur avant qu’on ne m’accuse à tord d’être un voleur de tronc. Condamné à être excommunié, ma prière a été entendue par la déesse. De retour parmi les miens, je deviens mouton.
Si l’on me demande ce que j’aimerais que soit l’administration, je dis tout simplement ce qu’elle devrait être. Un service d’état impersonnel où chacun prend ses responsabilités et assume sa tache. Que les fonctionnaires cessent de s’abriter derrière le parapluie administratif et qu’ils brisent le mythe pour faire avancer une administration qui devrait être tout sauf immuable.
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This entry was posted on Samedi, août 4th, 2007 at 11:49 am and is filed under Mes mots, Immuable. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.












Administration, responsabilité… il n’y a pas oxymore, là?
prions mes frères en ce jour de transfiguration pour la sainte administration
Un regard éthologique acéré et lucide. je te souhaite un prompt rétablissement dans la vraie vie
)