Après une année difficile, mon grand semble avoir trouvé le chemin de la sagesse qui je l’espère le mènera sans encombre au bac puis au métier qu’il a choisi : infographiste. La semaine dernière, alors que je lui demande ses derniers résultats, j’apprends avec surprise qu’il a perdu des points en sport. La gamin est sportif, je suis donc étonné et je lui demande les raisons de cette contre performance. La réponse me laisse dubitatif :
J’ai perdu des points parce que j’ai couru trop vite !
Attends, il y a un truc que je ne comprends pas, comment peux-tu perdre des points en courant plus vite ?
Je n’ai pas réalisé mon projet donc, j’ai perdu des points !
Pour ceux qui comme moi, ont des relents d’éducation physique, sachez que tout a changé. Sport veut dire maintenant performance et projet. Fini le dépassement de soi, nous sommes entré dans l’ère de la maîtrise de l’effort dans un but bien précis, niveler les élèves.
Exemple concret : Avant de débuter sa course, on a demandé à mon fils d’en faire le projet exprimé en kilomètre/heure. Sachant qu’un bon projet est un projet évolutif qui progresse de stade en stade.
Mon grand, ne se sentant pas en super forme, a annoncé un premier tour à 14 km/h, un second tour à 15 puis le tour final à 16 km/h, seulement voilà, dès les premières foulées, il s’est senti en jambe et naturellement, à libérer sa foulée pour faire un premier tour à 16, un second à 17 puis un final également à 17 km/h. Si la performance a été belle, le projet n’a pas été respecté mais bien pire encore, n’a pas été en évolution constante. Bilan, des points en moins.
Cette méthode associant projet et performance a pour avantage de ne pas « sur pénaliser » les élèves peu doués en sport en leur permettant de gagner des points en réalisant leur projet. Je trouve cela bien, un zéro en sport le jour du bac n’arrange personne et s’est bien d’apprendre à connaître ses limites.
Je n’approuve pas le fait de pénaliser la performance. Le sport, c’est aller plus haut, plus loin, plus vite. Sport rime avec effort.
Je me souviens qu’en 3ème le prof de sport nous avait fait sauter en hauteur pied joints face à un mur pour déterminer notre détente.
Ensuite il avait calculé un barème pour le saut en hauteur en fonction de notre taille et de notre détente: l’intérêt était de que le plus petit de la classe pouvait avoir une bonne note même s’il sautait 20 cm de moins.
Je me souviens que j’avais été séduit par l’idée: cela amenait une certaine égalité entre les costauds et les fluets.%%%
Sauf que quelques années plus tard, je me suis rendu compte que c’était dégueulasse: le cours de sport était un des rares endroit où pouvaient briller les crancres (plus maintenant car il y a des épreuves écrites!!), pourquoi y mettre une pondération par la force alors qu’il n’y en a pas par exemple sur le QI en mathématiques!
Un examen est un examen: la barre doit être la même pour tous.
Celle là, quand tu me l’as racontée, j’étais assis!!
je crois que cette « pédagogie » a surtout pour but de leur inculquer un mode de pensée de gestionnaire de boites privées: projets, contrats, objectifs, ils sont obsédés/formatés comme ça.
C’est en effet tout à fait pervers comme éducation et tordu.
Et ça les prépare à se couler dans une société d’ « entretients d’évaluation » comme ceux qu’on a ou va imposer/é partout y compris maintenant chez les fonctionnaires.
on est mal ! …
Courir plus vite pour gagner moins de points, donc