(réédittion)
Dans une contrée glaciale et fort lointaine vivait un esquimau ermite qui avait décidé de quitter le monde des hommes et sa folie. Ce vieil homme, que tous prenaient pour un fou, était l’être humain vivant le plus proche du pôle nord. Jamais personne ne lui rendait visite, les conditions de vie étant extrêmes et le climat hostile, mais il ne s’en plaignait pas.
Il vivait dans le seul igloo à deux étages jamais construit par l’homme avec pour seule compagnie, ses chiens de traîneau. Son repère de glace, dont l’emplacement exact était inconnu des autres hommes, suffisait à son confort. Il passait ses journées à pécher ou à chasser en compagnie de sa meute fidèle. Même si nul ne l’avait vu depuis des années, tous se souvenaient de son nom : Për Noyel
Ce solitaire des glaces était devenu un « stalacmythe » des régions polaires. Tous les petits Inuits avaient entendu son histoire et tous savaient que s’ils n’étaient pas sages, le Për Noyel viendrait les chercher pour un voyage dans le grand froid qui gèle le cœur.
Quand le brave homme (ce qu’il était en vérité) eu vent glacial de cette histoire, il en fut très peiné et pleura des larmes de glace. Une fois de plus, les hommes et leur folie lui faisaient du mal. Pour surmonter sa peine, il se mit à sculpter des angelots de glace qu’il aima profondément comme s’il s’agissait de ses propres enfants.
Un jour qu’il péchait non loin de son igloo, il entendit les jappements de chiens annonçant un équipage qui semblait venir dans sa direction. Il savait que des hommes en quête d’aventure le cherchaient depuis des années et il redoutait le jour où ils réussiraient à le dénicher. Résigné, il attendit devant sa demeure l’arrivée de ces intrus indésirables. Quelle ne fut pas sa surprise quand il aperçu un immense traîneau tiré par une cinquantaine chiens et transportant d’innombrables sacs de jute. Sur les flancs de l’engin se détachaient des lettres bleues sur un fond jaune vif, il était écrit : Service postal du Groenland.
Le préposé sauta de son traîneau lui tendant une tablette et un stylo. Le vieil esquimau le scruta incrédule, le questionnant du regard. Le facteur dégagea son écharpe polaire pour lui énoncer les raisons de sa visite :
« Vous êtes bien le Père Noël ?
Non, moi je suis Për Noyel !
C’est juste une question de prononciation, je parle mal l’esquimau. Vous habitez bien au pôle nord ?
Oui, enfin presque.
Donc vous êtes bien le Père Noël, ou Për Noyel si vous préférez, qui vit au pôle nord.
Je ne sais pas…
Allez, nous avons suffisamment pinaillé, j’ai une tournée qui m’attend. Signez ici que je vous donne votre courrier. »
Le vieil homme, ne comprenant pas vraiment ce qui lui arrivait, obtempéra et demanda au postier de l’aider à déposer les sacs devant son igloo. Alors qu’ils afféraient au déchargement, l’ermite osa une question.
« Mais qui peut bien m’écrire ?
Alors vous, vous êtes vraiment incroyable ! Cela fait des années que l’on vous cherche.
Mais pourquoi ?
Parce que chaque fin d’année, nous recevons des millions de lettres qui vous sont adressées par tous les enfants du monde.
Mais pourquoi les enfants m’écrivent ? Ils ont peur de moi !
Peur de vous ! Vous êtes leur idole… »
Sur ces mots, le facteur sauta sur son traîneau et démarra sur les chapeaux de patins, sûr que le père Noël avait perdu la tête.
Për Noyel resta un long moment figé devant ce monticule de lettres venant du monde entier, ébahi. Dire qu’il pensait que les enfants le détestaient !
Il décida d’emmener l’un des sacs à l’intérieur pour commencer une lecture qui dura 15 jours entiers. Chaque mot lui réchauffait un peu plus le cœur, même si certains termes lui étaient inconnus : Barbie, Dora, Harry Potter et bien d’autres. Il était heureux de savoir que les enfants du monde pensaient à lui et l’aimaient. C’est épuisé, qu’il laissa tombé la dernière lettre sur son tapis en poils d’ours polaire, les yeux rougis par la lecture et l’émotion.
Il alla rendre visite à ses enfants de glaces pour partager avec eux sa joie. Il était assis parmi les visages immobiles et angevins quand une angoisse lui glaça le sang. Il venait de comprendre pourquoi les enfants du monde lui en voulaient. Depuis des années, ils lui avaient posté des lettres pleines d’amours et jamais il ne leur avait répondu. Jamais, il ne leur avait envoyé les cadeaux tant espérés. Une tristesse bien plus gelée que la banquise lui enserra le cœur. Il décida de rester assis dans le froid pour se laisser mourir.
Levant les yeux une dernière fois, il aperçu la traîné de givre qui accompagne les équipages. On lui rendait visite à nouveau et au fond de lui-même, il se mit de nouveau à espérer.
Dans un tourbillon glacé, il vit un homme, tout vêtu de rouge, stopper ses rennes pour venir s’agenouiller près de lui.
« Que fais-tu parmi ces enfants de glace, brave homme ?
Je veux mourir car j’ai trahi tous les enfants de la Terre.
Es-tu bien sûr de cela ?
Qui êtes-vous pour me poser une telle question ?
Le père Noël qui vit au pôle Nord !
Ces lettres vous étaient donc adressées.
Je le crois !
Mais pourquoi n’avez-vous pas donné votre adresse au facteur ?
Je préfère que ma résidence reste secrète.
De quoi avez-vous peur ?
Des hommes parfois… »
Cette dernière phrase était lourde de sens pour Për Noyel qui mit fin à la conversation en invitant son visiteur à venir se réchauffer à l’intérieur. Les deux patriarches parlèrent longtemps et s’apprécièrent énormément.
« Si j’ai bien compris, chaque année les enfants ont reçu leur cadeaux.
C’est cela mon ami.
Je n’ai donc rien à me reprocher.
Tu es blanc comme neige.
Merci de m’apporter une telle nouvelle, comment puis-je te remercier ?
J’ai beaucoup aimé tes sculptures de glaces.
Je les ai façonnées avec amour.
Je le sais et je pense que tes chérubins figés pourraient faire des heureux.
Comment cela ?
Toute l’année, des centaines de lutins confectionnent des jouets pour ravir les enfants du monde entier. Ils font cela par amour des enfants et ne demandent rien en échange. J’aimerai pouvoir à mon tour leur faire un cadeau.
Je serais très heureux de pouvoir faire quelque chose pour eux !
Pourrais-tu créer des sculptures de glace pour chacun d’entre eux ? »
La poignée de mains qui fut échangée, valait tout les contrats du monde et de mémoire de lutins, on ne vécu jamais de Noël plus heureux.
Les lutins, tellement joyeux, proposèrent à Për Noyel de s’installer auprès d’eux. Le vieil esquimau n’eut pas longtemps à réfléchir car il savait qu’il venait enfin de trouver un monde qui lui convenait.
PS : joyeux noël à tous.

3 Commentaires, Commentaire ou Rétrolien
Boris
Mignon. Et puis je ne savais pas que des esquimaux vivaient dans le Maine-Et-Loire
21 déc, 2009
françoise demai
Merci pour ce beau conte de Noël.
Entre la solitude de l’ours dans sa tanière et l’amour de tous les inconnus.
22 déc, 2009
Joël
Salut Fred,
J’ai pensé à toi quand j’ai vu le nom de la nana qui voulait tant embrasser le pape.
26 déc, 2009
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