Comment j’ai perdu tout espoir. Note du 01.02.06

En lisant la note de Denis « j’ai fait la fille ce week-end », je me suis rappelé d’une époque lointaine où je jouais régulièrement à la fille. Je vous parle d’un temps où j’arpentais la nuit parisienne en célibataire précieux, très attentif à son image. J’étais jeune, j’étais beau, je sentais bon le sable chaud et aucune ride ne venait vieillir mon visage d’angelot. Je prenais grand soin de ma peau utilisant peeling et autres masques exotiques. Je rayonnais sous les sunlights profitant d’une jeunesse éphémère, prenant plaisir à entendre vanter mon teint frais et la douceur de mes traits.

Mais voilà, l’âge a commencé son travail et aucune crème onéreuse ne semblait pouvoir lutter contre l’irrémédiable. Un soir de grande déprime, synonyme d’apparition de fines ridules, je noyais mon chagrin au fumoir du Palace réconforté par deux serveurs efféminés et compatissants. A cinq heures, je décidais de regagner mon humble logis Saint Mandéen, bravant la brume pour rejoindre la bouche de métro la plus proche. Je traînais des pieds, baissant les yeux de peur de croiser le regard scrutateur d’un Yves Rocher se rendant au marché. Une lueur dorée venant du caniveau a attiré mon regard. J’ai vu en cette rutilance un affront du temps se raillant de ma jeunesse fuyante. J’ai décidé de chasser cette image d’un coup de pied rageur. Je n’oublierais jamais ce qui s’est produit alors.

Dans un nuage aux reflets bleutés est apparu un Génie abasourdi par la violence de mon coup. Il semblait étonné par ma technique d’astiquage de lampe. De colère, il a déclaré d’un trait :

« T’es vraiment un taré ! Pour ta peine, tu n’auras qu’un vœu à exhausser ».

Je n’en demandais pas plus, une seule crainte me hantait : la peur de passer pour un vieux. J’ai alors levé les yeux, le fixant (il avait des airs de monsieur propre avec un turban sur la tête, pitoyable) et d’un ton de défi, j’ai hurlé : « Je veux toujours paraître jeune ! ».

Je me suis réveillé dans ma chambre, la bouche pâteuse et le regard niais. C’est alors que je me suis souvenu de ma rencontre surnaturelle. J’ai bondi de mon lit pour me précipiter à la salle de bain. J’étais excité comme une puce ayant repéré un labrador au poil soyeux. Devant la glace, j’ai poussé un cri avant de m’évanouir…

Ce con de Génie, au lieu de préserver mon visage des rides, m’avait refilé de l’acné. Comme cela, même à cinquante ans, j’aurai toujours la peau d’un adolescent boutonneux. Génie, si je te retrouve, je te fais bouillir !

Depuis, ce jour, plus de crèmes ni de masques, juste une barbe mal rasée pour masquer les exploits du plus débile des Génies.

Fred de Mai

2 Réponses à “Comment j’ai perdu tout espoir. Note du 01.02.06”

  1. missparker dit :

    et ça marche???

  2. fred de mai est dans la boîte… A+

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