Ces mystères du quotidien


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A lire à la façon de Pierre Bellemare, vous savez cette façon inimitable de mettre du suspens surtout là où il n’y en a pas.

C’était un jeudi en fin d’après midi. Il était assis dans son canapé quand la douleur lui enserra le cou. Il connaissait cette douleur, cette peur de s’étouffer et il espérait avoir arrêté à temps de fumer. Sa gorge était son point faible, il le savait et une fois de plus, un phlegmon venait le lui rappeler. Poussée de fièvre fulgurante, inflammation des amygdales, déglutition difficile, il sentait la panique prendre le dessus et ne se rassura quand fixant son téléphone portable posé prêt de lui sur le canapé. Ce téléphone était une partie de sa vie, dedans il y avait son amour, sa famille, ses amis, ses collègues, ses potes, les numéros importants de sa vie et celui d’un médecin, si besoin car comme toujours, il attendrait stupidement le dernier moment pour parler de son tourment.
Son regard se voilai, des gouttes de sueur perlaient son front brûlant ses chairs, petit à petit son Gsm disparaissait tandis que son corps s’affaissait. Dans un regain d’ énergie fatal, il réussit à gravir l’escalier qui menait à sa chambre, abandonnant son portable du regard sur la couverture polaire noire posée sur le divan sombre. Epuisé il s’écroula dans son lit quand, tout à coup, il s’endormit.
La nuit fut un cauchemar permanent où il crut mille fois mourir étouffé. Chaque déglutition était une coulée de lave brûlante qui marquait sa gorge au fer rouge, il luttait contre l’envie de se précipiter sur son téléphone pour demander de l’aide. A l’aube il décida d’abandonner toute résistance pour mettre fin à sa souffrance alors qu’il s’apprêtait à quitter son lit pour passer un appel de détresse, il paya les efforts de son combat nocturne. La tête clouée à l’oreiller, il plongea à nouveau dans un profond sommeil léthargique.
Quand il émergea en début d’après-midi, sa bouche était aride, un désert s’étendait dans sa gorge douloureuse. Il grimaça pour sécréter une salive qui loin d’être salvatrice, écorcha les parois de sa trachée enflammée. Il n’était plus en mesure de lutter sans une aide extérieure, sans force mais avec détermination, il se dirigea vers son téléphone portable. A quelques pas de son but, il faillit perdre l’équilibre tant le choc le déstabilisa, son portable avait disparu.
Il du avoir recours à son téléphone fixe poussiéreux pour lancer un sos à un médecin inconnu. Une fois son appel terminé, il décida de se mettre en quête de sa bouée téléphonique quand la fièvre lui assena un coup fatal qu’il le plongea dans une nouvelle torpeur cauchemardesque. Seule la sonnette le sortit de l’abîme pour accueillir le docteur qui allait mettre un terme à son malheur.
Trois jours de repos complet, cortisone, antibiotique et des phases de sommeil profondes sans qu’une seule sonnerie vienne les déranger. Il faut dire que le téléphone n’était toujours pas retrouvé.
A chacun de ses réveils, il questionnait à propos de son gsm et on lui répondait avec gène que les recherches restaient vaines. il repartait alors vers un sommeil réparateur. Il lui fallut attendre un regain dominical pour entreprendre des fouilles locales. Tout fut retourné, rangé, soulevé puis reposé. Le silence fut demandé lors des essais pour entendre la sonnerie du téléphone égaré mais rien, pas l’ombre d’un vibreur, pas même le bip d’une batterie qui se décharge, rien qu’un vide…
Lundi, la maladie faisait place à une angoisse et sur elle, les cachets n’avait aucun effet. Les recherches s’élargirent, les craintes s’alourdirent et le mystère s’épaissit.
Comment pouvait on perdre un téléphone dans sa propre maison ? De quoi perdre la raison ou tout simplement de se faire une raison.
En fin d’après midi, après 4 jours d’absence, l’espoir s’envola, il était temps d’appeler l’opérateur pour lui parler de sa peur. C’est résigné qu’il attrapa son autre téléphone qui venait de sonner.
C’est dans ces moments où l’on n’attend plus rien qu’arrive l’impensable. Il n’était pas préparé et dû s’asseoir pour ne pas tomber. A l’autre bout du fil, la voix de celle qu’il aime :

“Chéri, tu vas rire. Ton téléphone est dans ma mallette de boulot ! ”

Il ne put pas rire, déjà qu’il avait du mal à déglutir.

Il n’y a que chez Pierre Bellemare qu’il arrive des choses bizarres.





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