C’est un garçon !
YES!!!!!!!!!!!!!
YES!!!!!!!!!!!!!
Il est de ces matins où le réveil sonne comme le glas. La paupière se lève sur un œil injecté du sang qui va couler tout au long de la journée. Vous savez que tout ira mal, qu’il vous suffirait de vous rouler sous la couette pour retrouver cette chaleur rassurante, de fermer les yeux pour retrouver ses rêves, de serrer les poings pour signifier au réveil qu’il n’est pas le bienvenu.
Mais rien n’y fait, cette boule au ventre déforme vos rêves en grimaces cauchemardesques, cette douleur dans la poitrine vous rappelle qu’à tout moment, tout peut s’arrêter. Plus de tic tac, plus de temps qui passe, au mieux le néant, au pire l’enfer et cette souffrance acide qui ulcère vos entrailles tordues par la peur.
Pourtant vous étiez au courant, vous étiez presque préparé, pas vraiment prêt mais averti que la guillotine à tout moment pouvait tomber, que le ciel pouvait à nouveau vous tomber sur la tête, vous ramenant au fond, tout au fond, poussé par cette chape de plomb accablante que vous n’aurez pas la force de briser, ni même de subir, pas même de creuser, ne serait-ce qu’un tunnel de l’espoir aux tréfonds de votre malheur. Ecrasé au fond pour mourir dans l’oubli, la honte et le mépris, de l’autre, de soi même, la haine en peine. Maudire ce sort qui s’acharne, voir à nouveau s’effondrer le château de carte qui abritait votre vie paisible à l’ombre d’un donjon fragile.
Alors vous sortez un pied, au rythme de l’ouverture lente d’une paupière, sur un sol froid qui glace bien plus que votre plante et flétri votre cœur. Alors vous vous frottez les yeux pour mieux entendre le malheur qu’on vous annonce. Nu comme un ver, à fleur de chair de poule et cette boule qui toujours vous plie en deux, comprimant vos poumons qui manque d’air tandis que vous manquez d’allure, pleutre courbé prêt à recevoir son châtiment.
Quel courage il faut, à cet instant, pour revêtir l’armure qui épargnera les vôtres, pour sourire comme si de rien était, descendre l’escalier sans jamais perdre le contact, d’une marche, de la main courante, sans qui votre chute serait évidente. A leurs yeux enfin revivre, reprendre espoir, s’armer de courage pour ne perdre qu’une bataille. Se dire que demain il fera jour, que peut-être vous ferez l’amour, vous donnerez l’envie, peut être la vie, qui continue…
PS : je vais bien, mieux aujourd’hui, encore mieux demain, promis.
Quitterie a annoncé son départ du modem, je n’ai rien à dire là-dessus, si ce n’est que je ne suis pas étonné. Cette décision mûrement réfléchie lui appartient et un commentaire a suffit à marquer mon soutien, cette note n’ayant aucun lieu d’être. Seulement voilà, en devenant publique, charismatique pourrait également convenir, Quitterie déchaîne les passions et les jaloux, c’est pour cela que j’écris ces quelques mots, en espérant qu’elle ne m’en voudra pas.
Je n’aime pas les religieux et me méfie des politiques mais j’aime les gens, pour cette raison je me suis retrouvé à l’une des rencontres organisée par Versac à assister à des débats enflammés sur des sujets ne me concernant pas, car il faut le dire, les joutes de religieux ou de politiques sont les meilleures. Repus de bassesses, attaques sournoises, propos déplacés ou aveux honteux, j’ai décidé de passer à la rencontre de ceux qui s’affrontaient à grands coups de convictions. A chaque poignée de mains, à chaque embrassade je lance mon plus beau « bonjour, Fred de Mai » pour lui entendre opposée dans une voix légèrement cassée « enchanté Quitterie » auquel je contre attaque souriant « Quitterie, quel drôle de pseudo ! ». Cela commençait mal…
Au fil des rencontres et m’excusant à chaque fois, j’ai été séduit par cette jeune femme dynamique, au discours posé malgré la flamme qui anime son regard. Mettons une petite chose au point avant de poursuivre, Quitterie est jolie, c’est un fait mais cela n’est qu’un détail infime de sa personne et bien plus que le minois, sa beauté vient de l’âme. Au détour d’une conversation, en compagnie de Virginie Votier, est née l’idée incongrue que je puisse assister avec ma caméra au meeting de François Bayrou à Bercy. Plus par défi et curiosité qu’autre chose, j’ai donc assisté médusé à la grande messe des oranges, galvanisés par un guru récitant des poèmes en guise de sermon. A ma grande surprise, j’ai été séduit.
Quitterie et Virginie ont été en quelque sorte les pommes tentatrices qui m’ont ouvert les portes de l’enfer politique. Après les deux heures de one-man-show, nous étions quelques uns, à la table d’une brasserie voisine, le regard pétillant d’une victoire possible et la bouche pleine de l’émergence d’une ère nouvelle en politique promise par notre élu. Je vivais mes premiers émois politiques et j’en étais grisé. La réalité, sous les traits d’un adolescent affolé, nous a rattrapé à la sortie du restaurant. Alors qu’il jouait sur les pentes de pelouse abrupte du palais omnisport, l’un d’eux était tombé, gisant dans le froid du parvis désert. A peine arrivé aux cotés du blessé, Quitterie s’est agenouillé auprès du jeune homme, comme une mère protège son enfant, lui caressant tendrement la tête le rassurant de mots doux. Nous étions dans le froid, Ferdinand (même son prénom était surréaliste) souffrait d’une sale fracture mais ne grelottait plus dans les bras d’un ange. Cette simple image a marqué mon attachement à cette jeune femme, redoutable en politique et tellement fragile à la vie. Une fois les pompiers partis, ses yeux étaient emplis des larmes quelle avait refoulé jusque là pour ne pas inquiéter Ferdinand. Au plus profond de moi-même j’ai pensé, cette fille n’est pas faite pour la politique puis immédiatement après j’ai douté en me posant la question inverse, et si c’était les autres qui n’avait rien à faire en politique. A cet instant, je suis devenu militant.
J’ai ensuite écrit des notes parlant de ma vision politique, de mon adhésion nouvelle, de mon espoir grandissant. Plusieurs fois, nous nous sommes retrouvés autour d’un chocolat avec Quitterie pour échanger cette envie de changement, ce retour au vrai, ce retour aux gens. Que les chimères sont belles tant qu’elles ne s’appellent pas chimère. J’ai été jusqu’au bout de ma démarche en prenant ma carte au Modem, en assistant aux premières réunions locales de préparation aux élections municipales. C’est là que j’ai rencontré les militants, les autres, ceux qui font la politique ce qu’elle est. Mis à part un ou deux illuminés au rêve chimérique, les autres étaient gris, austères, carnassiers, ils sentaient la défaite.
A cet instant, j’ai abandonné la politique.
J’ai parlé de cette déception avec Quitterie, c’était notre dernière discussion car son combat politique ne nous a plus laissé le loisir de partager à nouveau nos chimères.
En lisant sa note hier, j’ai retrouvé les mots que nous échangions, j’ai retrouvé cette franchise, j’ai retrouvé ce besoin d’être en accord avec soi même, j’ai retrouvé la mère qui ne veut pas mentir à ses enfants, j’ai retrouvé la militante qui n’abandonnera pas ses chimères.
Ceci n’est rien d’autre que le témoignage d’une rencontre, d’une belle rencontre avec quelqu’un de bien. C’est aussi un soutien maladroit mais sincère à Quitterie et un dégout contenu pour d’autre.
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