Il ne s’agit pas du titre du prochain Bruce Willis mais du terme qui qualifie le mieux l’administration, mon Administration.
Cela commence par un coup de fil ou l’on vous parle d’urgence alors que depuis des mois on ne vous adressait plus la parole. Le lavage de cerveau ayant duré plus de 15 ans pour ancrer une obéissance sans faille, j’obtempère tel le petit soldat que je suis. Quelques clics sur le site de la SNCF, 150 euros pour un aller-retour express dans la journée de vendredi. Même si cela peut paraître excessif pour une simple signature, le retour officiel de l’ex enfant prodigue n’a pas de prix.
Arrivée à 14 heures devant le seul Hôtel de ma connaissance qui possède des lits en béton. Impatience, sentiment de justice retrouvée et patience car ici l’on poireaute que l’on soit de la boutique ou non. Je suis assis dans un bureau à regarder mes collègues, j’essaie de m’imprégner à nouveau de cette ambiance particulière, j’oscille entre amusement et nausée.
Une heure plus tard, on daigne me recevoir. Ce sont les départs en vacance, tout le monde se fout de mon sort, moi qui ne suis qu’un pion qui est muté à la fin du mois, a quitter la région et n’a plus aucun intérêt pour le service.
Quid ?
La question est posée par mon supérieur hiérarchique et en taille. Je le regarde incrédule et il réitère :
Quid ?
Je ne comprends pas, il me précise agacé
Que fait-on de vous maintenant ?
Si je ne sais pas quel est mon rôle, je commence à me demander quel est le sien.
« C’est toi le chef, c’est ton problème même si je vois à ton œil que tu ne dois pas souvent avoir de problèmes ».
L’avantage de l’administration est qu’il y a toujours supérieur hiérarchique vers qui l’on peut évacuer les problèmes et mon interlocuteur direct semble grand spécialiste de ce domaine.
Le temps passe tout comme la « patate chaude » que je suis dont le sort monte les étages et les grades pour atterrir dans le bureau de celui qui ne peut plus se défiler, le Directeur départemental, sommité locale. La réponse tombe comme un coup de téléphone que l’on voulait éviter.
Prise de service demain 9 heures pour que l’on débatte de mon avenir. Je suis dubitatif et tente de plaider ma cause.
Monsieur l’Officier, j’habite à Lyon, mon train part dans 1 heure, ma dame rentre avec moi, je n’ai pas d’habits, encore moins de tenue, plus de logement sur la région même plus de carte professionnelle et l’on me donne comme consigne de venir un samedi matin de départ de vacances pour débattre de mon sort. Ce ne peut être qu’un canular !
Apparemment non, la sentence est tombée tandis que l’officier se lève accentuant physiquement son pouvoir.
J’ai envie d’hurler, de lui broyer quelque chose, de pleurer aussi car le sort s’acharne et m’use.
Ma dame me laisse tristement sur le quai d’une gare, je loue une chambre d’hôtel, je m’achète un costume car je veux être présentable, question d’éducation et de respect même si ce n’est pas réciproque. Cette simple signature commence à avoir un prix exorbitant, j’ai mal au ventre, je suis seul, je suis fatigué, j’ai peur de me briser à chaque instant. A trop être broyer, on se fragilise.
9 heures du matin, beau comme un sou neuf, la tête haute, j’annonce ma qualité et le motif de ma présence, mes interlocuteurs cherchent la caméra cachée. Il n’y a ce matin ni consignes, ni personne ne me connaissant, ni personne pour me recevoir, ni personne pour décider de mon sort, ni personne pour recevoir mon poing dans la gueule. Ceux qui m’ont convoqué sont en vacances depuis la veille. Ils semblent être partis juste après m’avoir interdit de le faire.
On me dit de rentrer chez moi, de prendre attache téléphoniquement lundi matin. On semble désolé de cette ineptie, je suis parfait en victime, je vais rentrer chez moi le tout est de savoir pour combien de temps. Quand sera mon prochain aller retour inutile et couteux ?
Je sais maintenant pourquoi on l’appelle la Grande Maison. C’est parce qu’à l’intérieur il n’y a que des gens perdus.
Un constat s’impose, l’administration est comme le vélo. A chaque reprise, on a mal au cul.
Immuable